Des clochers percés de meurtrières. Des tours rondes transformées en ouvrages défensifs. Des villages dans lesquels l’église pouvait devenir le dernier refuge des habitants. Et, à Guise, une forteresse profondément transformée au XVIe siècle.
Pour un film historique situé pendant les guerres de Religion, la Thiérache offre autre chose qu’une architecture ancienne : son paysage porte encore les traces d’une époque où la frontière, la guerre et les divisions religieuses faisaient partie du quotidien.
Un patrimoine singulier pour imaginer une fiction, un documentaire, une série ou un récit historique ancré dans le XVIe siècle.
Au XVIe siècle, la Thiérache est une terre de frontière
Entre 1562 et 1598, la France connaît une succession de guerres civiles opposant principalement catholiques et protestants, auxquelles se mêlent rivalités politiques, ambitions des grandes familles et fragilisation du pouvoir royal.
En Thiérache, ces tensions prennent une dimension particulière.
Le territoire se trouve alors aux marches du royaume de France, dans une région régulièrement exposée aux passages de troupes, aux combats et aux pillages. Les habitants doivent se protéger non seulement des forces ennemies, mais aussi de soldats et de mercenaires dont le passage pouvait mettre les villages en danger.
C’est cette histoire mouvementée qui a profondément façonné le patrimoine local.
Et qui explique l’un des éléments architecturaux les plus caractéristiques de la Thiérache : ses églises fortifiées.
Des églises transformées en refuges pour les habitants
C’est également à cette période que se développe l’un des patrimoines les plus caractéristiques de la Thiérache : ses églises fortifiées. Dans des villages régulièrement exposés aux pillages et aux passages de troupes, les habitants renforcent leurs églises et les transforment en refuges collectifs. Tours, meurtrières et salles-refuges donnent encore aujourd’hui à une soixantaine d’entre elles des silhouettes étonnamment militaires.
Un décor pour raconter la guerre… à hauteur de village
Les guerres de Religion ne se racontent pas uniquement dans les palais, les grandes batailles ou les cours royales.
Elles peuvent aussi se raconter depuis un village.
Une population qui se réfugie à l’intérieur d’une église. Une troupe que l’on aperçoit au loin. Une porte que l’on barricade. Des habitants qui guettent depuis une tour. Une famille prise entre deux camps. Des soldats traversant une campagne isolée.
La configuration même des villages et des églises fortifiées de Thiérache ouvre des possibilités narratives très différentes des grands décors historiques traditionnels.
À Parfondeval, Plomion, Wimy, Burelles, Macquigny, Flavigny ou encore Englancourt, l’architecture défensive dialogue encore avec le paysage rural, les routes, les pâtures et le bâti en brique.
De quoi placer une caméra dans un environnement où le patrimoine et le paysage peuvent raconter ensemble cette période troublée.
Guise : quand la petite histoire rejoint la grande
Difficile d’évoquer le XVIe siècle et les guerres de Religion sans s’arrêter sur un nom : Guise.
En 1528, le territoire de Guise est érigé en duché-pairie au bénéfice de Claude de Lorraine. Ses descendants vont devenir des acteurs politiques et militaires majeurs du XVIe siècle français. François de Lorraine, duc de Guise, et son frère Charles, cardinal de Lorraine, exercent notamment une forte influence à la cour de François II. Plus tard, Henri de Guise prend la tête de la Ligue catholique.
Pendant ce temps, le château de Guise change lui aussi de visage.
Après la prise et l’incendie de la ville par les troupes impériales en 1536, Claude de Lorraine entreprend de transformer l’ancien château en une forteresse moderne adaptée à l’artillerie. Les travaux se poursuivent au milieu du XVIe siècle et une partie importante de cette enceinte bastionnée est encore conservée.
Pour une production, le lieu permet donc de faire dialoguer deux dimensions d’un même récit : l’histoire nationale des puissants et celle d’un territoire directement soumis aux tensions de son époque.
Filmer le XVIe siècle sans effacer complètement le présent
Pour un film d’époque, il faut pouvoir construire un cadre cohérent : multiplier les angles, associer les architectures aux paysages, trouver des chemins, des villages, des espaces ruraux et des lieux suffisamment variés pour créer un univers.
C’est précisément l’intérêt de la Thiérache.
Ses églises fortifiées, son château de Guise, ses villages, ses chemins et son bocage permettent d’imaginer plusieurs échelles de récit au sein d’un même territoire.
Un drame historique sur fond de guerres de Religion, une intrigue politique, un récit paysan, une histoire de siège ou de fuite, mais aussi une fiction librement inspirée de la Renaissance peuvent y trouver matière.
La Thiérache l’a d’ailleurs déjà montré avec Two Kings, tourné à l’abbaye de Saint-Michel : un lieu patrimonial peut devenir, devant la caméra, le point de départ d’un univers historique ou fantastique bien plus vaste.
Et si votre prochain film historique remontait jusqu’au XVIe siècle ?
La Thiérache a déjà accueilli des récits liés à la Première Guerre mondiale, à la Seconde Guerre mondiale ou encore des univers médiévaux et fantastiques.
Mais son histoire remonte bien plus loin.
Les fortifications élevées ou transformées il y a plusieurs siècles sont toujours là. Les villages aussi. Et derrière ces murs subsistent les traces d’un territoire qui a dû apprendre à vivre au contact de la guerre.
Autant de points de départ possibles pour un scénario.